Les conseils d'Émilie Ondet, naturopathe.

Quelle eau boire aujourd’hui ? Entre confiance, vigilance et solutions concrètes

quelle eau boire pour ma santé

Boire de l’eau du robinet est un reflexe que nous avons tous. On nous a toujours affirmé qu’elle était sûre et bonne pour notre santé. Mais à l’heure où les médecins attirent notre attention sur sa qualité, il devient légitime de prendre un peu de hauteur sur le sujet. Confiance, vigilance, solution concrètes, faisons le point avec science à l’appui.

Les médecins tirent la sonnette d’alarme sur la qualité de notre eau

Le 5 juin 2026 dernier, la Conférence nationale des URPS Médecins Libéraux a adressé une lettre ouverte aux pouvoirs publics afin d’alerter sur un enjeu sanitaire encore trop peu discuté : la pollution croissante de l’eau potable. Après avoir attiré l’attention sur la contamination au cadmium, les médecins pointent désormais la présence de PFAS, de résidus de pesticides, de métaux lourds, de résidus médicamenteux et de microplastiques dans les ressources en eau destinées à la consommation humaine [1].

Leur message n’est pas de susciter l’inquiétude, mais de rappeler que les connaissances scientifiques progressent rapidement et que certains contaminants aujourd’hui identifiés et surveillés ne sont qu’une infime partie du nombre de polluants existants dans notre eau. Car si l’eau du robinet reste l’un des éléments les plus contrôlés en France, un chiffre fait froid dans le dos : 30 % de la population française aurait consommé une eau non conforme au moins une fois en 2024 [1]. Ainsi, des questions émergent légitimement : est-ce qu’il ne serait pas temps de faire évoluer la réglementation en élargissant le nombre de substances surveillées, en améliorant les systèmes de filtration, en développant encore davantage l’agriculture biologique, afin de réduire notre exposition quotidienne à ces polluants ?

Qualité de l’eau et santé : quels liens et quels risques à long terme ?

H3 : Les PFAS, ces « polluants éternels » omniprésents

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) regroupent plusieurs milliers de composés chimiques utilisés depuis les années 1950 dans l’industrie et les produits du quotidien : textiles imperméables, emballages alimentaires, mousses anti-incendie, revêtements antiadhésifs, etc. [2]. Leur particularité est d’être extrêmement persistants dans l’environnement, ce qui leur vaut le surnom de « polluants éternels ».

En 2025, l’Anses a publié les résultats de sa première campagne nationale de mesure des PFAS dans l’eau destinée à la consommation humaine. Les analyses révèlent la présence de PFAS dans une grande partie des échantillons prélevés sur le territoire français. L’acide trifluoroacétique (TFA), l’un des PFAS les plus répandus, a notamment été détecté dans 92 % des prélèvements [2].

Les études scientifiques associent aujourd’hui certaines expositions chroniques aux PFAS à :

  • une augmentation du cholestérol sanguin ;
  • des perturbations thyroïdiennes ;
  • une diminution de la réponse immunitaire ;
  • une baisse de la fertilité ;
  • des effets sur le développement du fœtus ;
  • une augmentation du risque de certains cancers, notamment du rein et du testicule [3][4].

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) considère désormais que l’exposition alimentaire aux PFAS constitue une préoccupation de santé publique.

Les microplastiques : une contamination probablement sous-estimée

Pendant longtemps, les scientifiques ont pensé que les microplastiques présents dans l’eau potable étaient relativement peu nombreux.

Une étude publiée en 2025 par des chercheurs du CNRS, de l’Université de Toulouse et de l’Université de Bordeaux suggère au contraire que nous sous-estimons fortement leur présence. Les chercheurs ont montré que près de 98 % des microplastiques retrouvés dans l’eau potable mesurent moins de 20 micromètres, une taille qui échappe encore largement aux méthodes de détection actuellement utilisées [5].

Ces particules ont déjà été identifiées dans :

  • le sang humain ;
  • le placenta ;
  • les poumons ;
  • le foie ;
  • les artères coronaires [6][7].

Les chercheurs étudient actuellement leurs effets potentiels sur :

  • l’inflammation chronique ;
  • le stress oxydatif ;
  • les maladies cardiovasculaires ;
  • certaines perturbations endocriniennes [6][7].

À ce jour, les données restent insuffisantes pour établir des liens « cause à effet » définitifs, mais les signaux observés justifient une surveillance renforcée.

Le véritable enjeu : l’effet cocktail

Lorsque l’on parle de pollution de l’eau, on raisonne souvent substance par substance.

Or, dans la réalité, nous sommes exposés simultanément à des dizaines de molécules différentes : pesticides, PFAS, métaux lourds, résidus médicamenteux, plastifiants, microplastiques, etc. C’est ce que les toxicologues appellent l’« effet cocktail ». L’Inserm rappelle que deux substances présentes à des doses jugées sans risque individuellement peuvent parfois produire des effets biologiques plus importants lorsqu’elles sont combinées [8].

Cette question est devenue centrale en santé environnementale car elle pourrait expliquer une partie de l’augmentation observée de certaines maladies chroniques :

  • troubles métaboliques ;
  • perturbations endocriniennes ;
  • infertilité ;
  • maladies cardiovasculaires ;
  • certains cancers [8][9].

Cela ne signifie pas que l’eau du robinet est dangereuse, mais que les méthodes d’évaluation des risques continuent d’évoluer à mesure que les connaissances progressent.

Mon eau du robinet est-elle potable ?

La réponse courte est oui, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays. En effet, quand nous buvons un verre d’eau, nous ne courons pas le risque d’intoxication, de diarrhées aigües, ou autres désagréments, car notre eau du robinet a été traitée pour ne pas contenir de virus ou de bactéries indésirables. Mais qu’en est-il de son impact sur le long terme ?

72 % des français jugent que la qualité de l’eau potable se dégrade [10]. Pourtant, en France, l’eau distribuée au robinet fait l’objet de plusieurs millions d’analyses chaque année et répond à des critères sanitaires stricts [11].

Cependant, deux notions sont souvent confondues :

  • potable, c’est-à-dire conforme aux normes réglementaires ;
  • exempte de contaminants, ce qui est pratiquement impossible aujourd’hui.

C’est-à-dire qu’une eau conforme et potable aujourd’hui n’est pas nécessairement une eau totalement dépourvue de substances préoccupantes.

La qualité varie également selon :

  • les ressources utilisées ;
  • l’intensité agricole locale ;
  • les activités industrielles ;
  • l’état des canalisations ;
  • les traitements mis en œuvre par les collectivités [10].

Comment savoir si mon eau du robinet est de qualité ?

Vous pouvez consulter gratuitement les résultats des contrôles sanitaires de votre commune :
* sur le site du ministère de la Santé ;
* sur le site « dans mon eau » avec une carte de la France et la situation dans votre région :
* auprès de votre Agence Régionale de Santé (ARS) ;
* dans votre mairie ;
* sur le site Aquarepere (AquaRepère | Données sur la gestion de l’eau en France) pour comprendre et anticiper les défis de l’eau sur mon territoire
* sur votre facture d’eau.
Certains territoires publient également des données complémentaires concernant les PFAS ou les pesticides.

Une réglementation plus laxiste que chez certains voisins européens ?

La question fait aujourd’hui débat. La France applique les exigences européennes concernant les PFAS et les principaux contaminants réglementés. Toutefois, plusieurs pays comme la Finlande, la Norvège, l’Islande ou les Pays-Bas ont adopté des mesures plus efficaces pour la protection de la santé humaine contre l’eau potable [12]. La France n’est pas la plus mauvaise élève, ni la meilleure !

De nombreux scientifiques soulignent également que certains polluants émergents ne sont toujours pas recherchés systématiquement dans tous les réseaux d’eau potable [2].

Le défi est donc la rapidité avec laquelle la réglementation intègre les nouvelles connaissances scientifiques pour ajuster la tolérance des seuils réglementaires.

Peut-on agir à son échelle ?

La réponse est oui. Et c’est une bonne nouvelle. Sans chercher le risque zéro, il est possible de réduire certaines expositions.

Comparatif des principales solutions de filtration

Les carafes filtrantes

Elles améliorent souvent le goût de l’eau et réduisent certains contaminants mais leur efficacité reste limitée pour les PFAS et les microplastiques les plus petits [13].

Les filtres au charbon actif

Ils figurent parmi les solutions les plus documentées pour réduire de nombreux composés organiques, pesticides et plusieurs PFAS [13][14].

L’utra-filtration

Le système d’ultra-filtration permet principalement de supprimer toutes les bactéries et les virus présents dans l’eau. Il est surtout utilisé pour filtrer les eaux de pluie, de forage ou de puits. Pour une eau de mer ou trop polluée, ce système n’est pas adapté. Il a pour avantage de ne faire aucun rejet, contrairement à l’osmose inverse.

L’osmose inverse

C’est aujourd’hui la technologie domestique la plus performante pour éliminer :

  • PFAS ;
  • nitrates ;
  • métaux lourds ;
  • microplastiques ;
  • résidus chimiques [14].

Son principal inconvénient reste son coût et la consommation d’eau nécessaire à son fonctionnement. La filtration étant drastique, elle élimine aussi beaucoup de minéraux, il faut parfois la reminéraliser.

Et l’eau en bouteille ?

Contrairement à une idée reçue, elle n’est pas systématiquement plus « pure ».

Les travaux du CNRS montrent que des microplastiques sont retrouvés aussi bien dans l’eau en bouteille que dans l’eau du robinet [5]. Certaines eaux embouteillées peuvent même contenir des concentrations importantes de particules plastiques selon leur conditionnement.

Le meilleur choix dépend donc davantage de la qualité de l’eau locale et du type de filtration utilisé que du simple fait qu’elle soit embouteillée ou non.

Et maintenant, que fait-on ?

Les alertes actuelles peuvent faire peur mais elles montrent aussi et surtout que les connaissances progressent.

Les PFAS sont désormais surveillés à l’échelle européenne. Les recherches sur les microplastiques se multiplient. Les collectivités investissent dans des traitements plus performants et dans la protection des captages d’eau potable [11][12].

Plus récemment, les députés ont adopté un texte renforçant la lutte contre le cadmium dans les engrais phosphatés, dans une version plus ambitieuse que celle initialement portée par le gouvernement. [15] Cette évolution illustre une prise de conscience croissante du lien entre environnement et santé.

Car la question n’est finalement pas seulement « quelle eau boire ? ». La question est aussi : comment préserver durablement la qualité de l’eau que nous laisserons aux générations futures ?

Ce que je vous propose de retenir

  • L’eau du robinet française reste globalement sûre et très contrôlée.
  • Les PFAS, microplastiques et autres polluants émergents soulèvent néanmoins des questions légitimes de santé publique.
  • L’effet cocktail représente aujourd’hui l’un des principaux défis de la recherche en toxicologie.
  • Les systèmes de filtration domestiques peuvent réduire certains contaminants selon la technologie utilisée.
  • Les connaissances scientifiques progressent et contribuent déjà à faire évoluer les réglementations.

En tant que naturopathe et vulgarisatrice scientifique, je sensibilise chaque jour mes clients à l’importance de la santé environnementale. On parle souvent de « One Health », une approche et une définition internationale qui prend en compte les interactions étroites entre la santé des humains, des animaux, des végétaux et de l’environnement. Elle vise à décloisonner les disciplines et à faire travailler ensemble scientifiques, professionnels et décideurs de différents secteurs. Un message d’espoir pour notre santé, celle de nos enfants et de notre planète.

Je suis Emilie, rédactrice web spécialisée en santé. Création de contenus – vulgarisation scientifique – optimisation SEO

Sources utilisées

[1] Conférence nationale des URPS Médecins Libéraux. Communiqué du 5 juin 2026.

[2] ANSES. Campagne nationale de mesure des PFAS dans l’eau destinée à la consommation humaine.

[3] EFSA. Risk assessment of perfluoroalkyl substances in food. https://doi.org/10.2903/j.efsa.2020.6223 2020.

[4] National Academies of Sciences, Engineering and Medicine. « Guidance on PFAS Exposure, Testing, and Clinical Follow-Up » 2022.

[5] CNRS. La majorité des microplastiques dans l’eau potable sont invisibles aux méthodologies actuelles 2025.

[6] Leslie et al. Discovery and quantification of plastic particle pollution in human blood. Environment International. 2022.

[7] Marfella et al. Microplastics and Nanoplastics in Atheromas and Cardiovascular Events. New England Journal of Medicine. 2024.

[8] INSERM. Unhappy Hour : c’est quoi l’effet cocktail ?

[9] INSERM « L’effet cocktail » des perturbateurs endocriniens mieux compris – Salle de presse de l’Inserm

[10] Institut Terram. Eau sous tension : les Français face aux défis hydriques de leurs territoires. 2025.

[11] Santé Publique France. Comment réduire les risques liés à la pollution de l’eau ?

[12] L’observatoire de l’Europe, Où en Europe l’eau du robinet est-elle la plus et la moins sûre ? 10 mai 2026

[13] Dans mon eau, Que puis-je faire chez moi ?

[14] EPA, water filters

[15] Cadmium : les députés adoptent un texte plus ambitieux que celui du gouvernement pour « protéger la santé des Français contre ce poison »

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